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Visites domiciliaires : la nuit où la Belgique a fermé sa porte aux autres

Vendredi 6 novembre 2026, au petit matin, après dix heures de débat nocturne, la Chambre a approuvé la loi sur les visites domiciliaires.
La majorité Arizona, rejointe par Anders, a soutenu le texte ; le Vlaams Belang s’est abstenu, tandis que le PS, le PTB, Ecolo-Groen et DéFI ont voté contre.
Le texte autorise l’Office des étrangers, avec l’accord d’un juge, à pénétrer dans un domicile pour arrêter des personnes visées par un ordre de quitter le territoire.

Ce n’est pas un détail technique. C’est une brèche ouverte dans un principe que l’on croyait intangible.

L’inviolabilité du domicile n’est plus une ligne rouge

« Le domicile est inviolable. » C’est écrit dans notre Constitution.
Pas « sauf si », pas « dans certains cas ». Inviolable.
Or cette loi fait exactement ce que ses détracteurs lui reprochent : elle viole le principe de l’inviolabilité du domicile, la protection de la vie privée et le droit à un recours effectif, et fait du juge d’instruction le « vassal » d’une administration, l’Office des étrangers.
Le Conseil d’État lui-même s’était montré très critique dans un premier avis, et le texte repose sur des notions floues comme l’« ordre public ».

La ministre de l’Asile Anneleen Van Bossuyt parle d’un outil qui « remplit une lacune dans l’intérêt de la sécurité de nos concitoyens ».
Mais une liberté fondamentale n’est pas une lacune. C’est précisément ce qui distingue un État de droit d’un État qui arbitre au cas par cas entre confort et principes.
Une fois ce principe entamé pour les plus vulnérables, qu’est-ce qui empêchera demain de l’entamer pour vous ?
La veille du vote, des milliers de personnes manifestaient pourtant dans tout le pays pour le dire.

Quand aider son prochain devient un risque

Le plus glaçant, c’est l’effet collatéral assumé : cette loi transforme potentiellement en complices tous ceux qui hébergent, logent ou viennent en aide à une personne sans papiers.
Le propriétaire qui loue une chambre.
La famille qui héberge un parent en séjour irrégulier.
Le citoyen qui ouvre sa porte parce qu’il fait froid dehors.

La police pourra pénétrer chez eux, fouiller les lieux, saisir tout document permettant d’établir l’identité de la personne.
Le projet reconnaît lui-même que son application entraînera des traumatismes chez les enfants et séparera des familles.

Ainsi, un pays qui s’enorgueillit de sa solidarité vote une loi qui rend cette solidarité dangereuse.
On ne punit pas encore l’assistance, mais on la criminalise en pratique : qui osera encore ouvrir sa porte en sachant que cette porte pourra être enfoncée ?

« Si vous n’avez rien à vous reprocher… »

L’argument revient invariablement dans les commentaires : « Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à craindre. »
C’est peut-être la phrase la plus dangereuse de tout ce débat, car elle inverse entièrement la logique de notre droit.
Ce n’est pas au citoyen de prouver qu’il n’a rien à se reprocher ; c’est à l’État de justifier, devant un juge indépendant et dans le strict cadre de la loi, l’atteinte à sa liberté.

L’inviolabilité du domicile protège justement ceux qui n’ont rien à se reprocher, parce qu’un droit que l’on ne peut invoquer que lorsqu’on est innocent n’est pas un droit, c’est une faveur. Chaque régime qui a fracturé des portes l’a fait en prétendant viser seulement les coupables.

Quand ils sont venus chercher…

Le pasteur Martin Niemöller, après la guerre, écrivait :

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait personne pour protester. »

Ce poème n’est pas une comparaison facile, c’est un avertissement sur la mécanique du renoncement : chaque atteinte aux libertés commence toujours par viser un groupe que la majorité regarde sans se sentir concernée. Aujourd’hui ce sont les personnes sans papiers, celles que l’on pourra expulser à 5 heures du matin devant leurs enfants effrayés. Demain, la liste s’allongera, parce que l’outil, lui, existera déjà.