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De Copernic à Galant : Le Grand Hold-Up de l’État par la Famille et les Copains

Au commencement de ce siècle de merde, il y avait le Verbe, et le Verbe c’était : « On va gérer l’État comme une boîte privée, ça va être super corporate et disruptif ». En l’an 2000, le gouvernement Verhofstadt nous a pondu la réforme Copernic. L’idée géniale ? Comme l’astronome qui a pigé que la Terre tournait autour du Soleil, l’État allait décréter que l’administration tournerait autour du citoyen. Finis les vieux ministères qui sentent le café froid, place aux « Services Publics Fédéraux ». Et surtout, finies les nominations politiques de vieux darons syndiqués, place aux « tops managers » ! Des mecs en costume, payés à coup de bonus à la performance avec des mandats de six ans pour rentabiliser le service public. Vingt-cinq ans plus tard, le soleil s’est éteint, le citoyen s’est fait entuber, et on est coincés dans un trou noir de clientélisme pur et dur.

Parce qu’aujourd’hui, la grande transition vers la modernité a fini sa course dans l’arrière-cuisine d’un resto VIP de Mons. Pour piloter la prochaine grande réforme de la fonction publique, celle qui doit achever de dépecer ce qu’il reste de nos hôpitaux, de nos écoles et de nos guichets, la droite a sorti l’arme fatale : ils ont nommé Jacqueline Galant.

Soyons honnêtes cinq minutes : Jacqueline, c’est pas précisément la lumière la plus vive du sapin de Noël. Si la pensée politique était un rayon d’outillage, elle serait un marteau en mousse. En 2016, elle avait déjà dû démissionner après avoir un peu trop « oublié » de lire des rapports sur la sécurité des aéroports. Qu’à cela ne tienne ! Dix ans plus tard, on la recycle et on lui confie les clés de l’administration. C’est brillant. C’est comme confier la direction d’un refuge SPA à Cruella d’Enfer en se disant « sur un malentendu, ça peut marcher ». La ruine de la prochaine réforme, c’est même plus une prédiction, c’est un projet managérial écrit avec les pieds.

L’ONE et la Loterie : Le Grand Jeu des Chaises Musicales Familiales

Pendant que Jacqueline Galant galère à faire des phrases avec un sujet, un verbe et un complément dans ses dossiers, au Mouvement Réformateur, on a confondu la gestion de l’État avec les invitations au repas de Noël. Le grand délire de la « sélection objective » et de la méritocratie inventé par Copernic s’est transformé en open-bar pour la famille de Georges-Louis Bouchez.

Le président du MR a réinventé le concept de « top management » en mode agence de placement pour sa belle-famille :

  • Lucie Demaret, sa compagne, se retrouve parachutée à la présidence de l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE). Bah oui, pour gérer les crèches et le secteur de l’enfance, quoi de plus logique que de prendre la meuf du patron ? C’est de la gestion de proximité, au sens propre du terme.
  • Géraldine Demaret, sa belle-sœur, récupère la présidence de la Loterie Nationale. Les millions d’euros des Belges qui espèrent bêtement devenir riches, ça valait bien qu’on mette une petite sœur de l’appareil aux manettes. Le hasard fait bien les choses, surtout quand il a le même nom de famille.

Et ces gens-là viennent ensuite à la télé nous expliquer, sans trembler des genoux, qu’il faut « activer » les chômeurs, couper les allocs des pauvres qui ne font pas d’efforts et instaurer la culture de l’évaluation pour les profs et les puéricultrices. L’évaluation pour les gueux, le livret de famille pour les dieux. Copernic voulait des gestionnaires de haut vol, le libéralisme moderne nous offre une réunion de copropriété entre cousins.

Le Sabotage Programmé de la Fonction Publique

Une réforme, ça demande deux trucs : un cerveau au sommet et de la confiance à la base. Autant dire qu’avec Galant aux commandes et la famille Demaret au tiroir-caisse, on part sur un combo parfait entre vide sidéral et écœurement social.

Comment voulez-vous que les agents de terrain – les mecs qui bossent 50 heures par semaine pour des clopinettes dans des bureaux qui prennent l’eau – acceptent la moindre restructuration quand ils voient que tout là-haut, les postes à cinq chiffres par mois se distribuent sous le manteau en fonction de qui dort avec qui ? Copernic a précarisé les patrons d’administration avec des mandats de six ans, pensant les rendre compétitifs. Résultat : ça en a juste fait des toutous ultra-serviles, terrorisés à l’idée de ne pas être renouvelés par le ministre s’ils ne lèchent pas assez bien les bottes du parti.

On a créé le pire des deux mondes : la violence managériale du secteur privé appliquée à l’incompétence crasse du vieux favoritisme d’Ancien Régime. On privatise les salaires des copains, et on collectivise la merde pour les usagers.

Chasser les Squatters

Ce festival de marionnettes et de recasages consanguins montre le vrai visage de leur « modernisation ». Ils n’en ont rien à foutre que les services publics fonctionnent. Ce qu’ils veulent, c’est vider la baraque de tout ce qui a de la valeur, la repeindre aux couleurs du parti, et filer les restes aux potes du privé.

Face à ce braquage en bande organisée, il n’y a plus à négocier ou à attendre de sagement voir ce que la « réforme Galant » va donner. Il faut juste fermer le robinet à conneries. Le salut du service public ne viendra pas d’un énième PowerPoint pondu par un cabinet de consultance hors de prix pour occuper les après-midis de Jacqueline. Il viendra quand on décidera de virer les courtisans, de foutre des jurys de sélection totalement indépendants et de redonner le contrôle de l’État à ceux qui le font tourner : les travailleurs et les usagers.

L’État n’est pas une start-up, ce n’est pas la PME de la famille Bouchez, et c’est encore moins une plaine de jeux pour ministres larguées. Les biens communs appartiennent au peuple. Il est grand temps de reprendre les clés du château et de foutre les squatters dehors.