Archives mensuelles : novembre 2025

La panne de Cloudflare : une preuve supplémentaire que la souveraineté numérique n’est plus une option

Le 18 novembre 2025, une gigantesque panne chez Cloudflare a paralysé une partie du web mondial pendant plusieurs heures. Plateformes de communication, services bancaires, applications d’entreprise, sites d’e-commerce, outils de gestion interne : pour beaucoup, le web s’est figé en plein milieu de la journée.

Même si l’incident a été résolu relativement rapidement au regard de l’ampleur du réseau, il a mis en lumière une fois de plus un problème connu mais souvent ignoré : notre dépendance excessive vis-à-vis d’un petit nombre d’acteurs américains pour faire fonctionner l’essentiel de notre infrastructure numérique.

Et cette dépendance représente un risque stratégique majeur.


Une panne qui rappelle l’interconnexion totale du web

Cloudflare n’est pas seulement un CDN ou un fournisseur de protection contre les attaques DDoS. Son réseau agit comme une colonne vertébrale pour une quantité impressionnante de services : DNS, proxy inverse, pare-feu applicatif, équilibrage de charge, optimisations de performance et même des solutions de sécurité pour entreprises et administrations.

Quand Cloudflare tousse, une partie significative d’Internet s’enrhume.

La panne du 18 novembre 2025 l’a montré de façon spectaculaire : même des organisations n’utilisant pas directement Cloudflare ont été affectées, simplement parce qu’un maillon de leur chaîne numérique dépendait de l’infrastructure du géant américain.


La souveraineté numérique : plus qu’un concept, un besoin vital

Depuis des années, experts et institutions alertent sur les dangers de cette centralisation. La souveraineté numérique, ce n’est pas uniquement un slogan politique : c’est la capacité pour une région ou un pays de maintenir ses services essentiels en fonctionnement, même lorsque des prestataires étrangers tombent, changent leurs règles ou deviennent la cible d’attaques.

Les dépendances actuelles créent trois risques majeurs :

1. Le risque systémique

Une panne chez un acteur mondial provoque des dégâts globaux. Plus le prestataire est incontournable, plus la panne est catastrophique.

2. Le risque juridique

Les données circulent via des infrastructures soumises à des lois extraterritoriales, parfois incompatibles avec nos réglementations locales ou nos exigences stratégiques.

3. Le risque stratégique

Sans maîtrise des outils, nous devenons vulnérables aux décisions commerciales, techniques ou politiques prises ailleurs.

L’incident de 2025 a été un rappel brutal : même une entreprise extrêmement robuste comme Cloudflare peut connaître des défaillances. Et lorsque cela arrive, tout un pan de l’écosystème numérique se retrouve suspendu.


Reprendre le contrôle : une question de résilience

La souveraineté en informatique ne signifie pas tout ré-internaliser. Elle implique plutôt :

  • diversifier les fournisseurs d’infrastructure ;
  • promouvoir des acteurs européens du cloud, du DNS, du CDN et de la cybersécurité ;
  • encourager l’usage de solutions open source ;
  • décentraliser les architectures pour réduire les points uniques de défaillance ;
  • développer des plans de continuité basés sur des briques maîtrisables.

Car un Internet résilient est un Internet distribué.

Georges-Louis Bouchez : un citoyen ordinaire qui parle comme s’il gouvernait


En Belgique, on pourrait croire que Georges-Louis Bouchez est partout : à la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux…
Il commente tout, réagit à tout, s’impose dans chaque débat. Pourtant, il n’a aucun pouvoir exécutif. Il ne dirige ni le pays, ni une région, ni une commune.
C’est un citoyen lambda, sans fonction officielle, mais avec un micro géant. Et c’est là que le problème démocratique commence.


1. Un simple citoyen, mais une parole amplifiée

Comme n’importe quel citoyen, Bouchez a le droit d’avoir une opinion.
La différence, c’est que la sienne est reprise partout.
Alors que des millions de Belges pensent, critiquent et proposent sans être entendus, lui dispose d’un accès direct aux caméras et aux plateaux télé.
Sa parole personnelle devient une vérité politique, simplement parce qu’elle est prononcée fort et souvent.

Mais sur le fond, Bouchez ne parle pas en tant que décideur : il parle comme un commentateur.
Un commentateur avec beaucoup de visibilité, certes, mais sans aucune responsabilité réelle.


2. Quand le micro remplace le mandat

En démocratie, on distingue deux choses :

  • le pouvoir de parole, que tout citoyen possède,
  • et le pouvoir d’action, réservé à ceux qui ont été élus pour décider.

Bouchez n’a que le premier.
Pourtant, à force de parler, il donne l’impression d’avoir le second.
Cette confusion brouille la démocratie : on finit par accorder autant d’importance à l’opinion d’un président de parti qu’à celle d’un ministre ou d’un parlementaire.
Résultat : on écoute celui qui parle le plus fort, pas celui qui agit.


3. Les médias ont fabriqué un rôle qui n’existe pas

Le président du MR est devenu une figure politique centrale, non pas grâce à ses décisions, mais grâce à l’attention qu’il génère.
Chaque phrase est reprise, commentée, amplifiée — même quand elle ne s’appuie sur aucune action concrète.
Les médias, en quête de débats et de titres accrocheurs, ont contribué à faire de Bouchez un acteur qu’il n’est pas.
Et en le plaçant au centre, ils ont affaibli la place des vrais décideurs.

Autrement dit : on confond la présence médiatique avec le pouvoir réel.


4. Un déséquilibre dangereux

Quand un citoyen sans mandat occupe plus d’espace qu’un élu, quelque chose se dérègle.
La démocratie repose sur un principe simple :
-> celui qui décide doit rendre des comptes.

Mais Bouchez, lui, ne décide rien et ne doit rien à personne.
Il peut attaquer, contredire, se contredire même, sans jamais en subir les conséquences.
Ce pouvoir sans contrepoids, c’est l’inverse de la logique démocratique.


5. Et si chacun faisait pareil ?

Imaginons un instant que chaque citoyen s’exprime avec la même assurance que Bouchez, sans mandat mais avec certitude.
Ce serait la cacophonie totale.
Le rôle des institutions, c’est justement d’organiser la parole, de donner du poids à ceux qui représentent.
Quand quelqu’un comme Bouchez prend toute la place sans en avoir le mandat, il déforme le jeu démocratique et contribue à brouiller les repères entre opinion et décision.